Comanches – Théâtre Clavel – Janvier 2009

Comanches – Théâtre Clavel – Janvier 2009

Je ne sais pas ce qu’il en sera pour vous, mais moi, le vingt janvier, j’aurai une petite pensée pour Georges Bush qui illustra si bien un aphorisme qui m’est cher : le pire chez l’imbécile ce n’est pas qu’il soit bête, mais qu’il veuille à toute force le prouver. On ne peut pas en douter, Bush nous le prouva abondamment. Bien qu’il lui attribua une origine divine, sa connerie fut en effet massive et sanglante, mais, sans rien lui ôter, on peut s’interroger sur une pseudo démocratie où un con riche, parce qu’il est riche, peut si facilement et par deux fois devenir le roi des cons. Par delà le bonhomme, il doit y avoir quelque chose de pourrit au royaume du dollard.

Reste Obama et, au risque de vous surprendre, son avènement m’inquiète aussi. Certes, l’homme est aux antipodes du précédent, intelligent et cultivé, je crois qu’il sera un bon président américain au service des intérêts de son pays.

Non, ce qui m’interroge c’est l’attente mondiale qu’il suscite. En effet, par delà tout ce qu’on pourrait dire sur son impact réel tant au plan économique que politique, l’excès de cette attente témoigne de notre dépendance psychologique au monde américain qui ne peut pas aller sans une certaine forme d’infantilisme. Par ailleurs, notre aspiration incurable et malsaine en un homme providentiel confirme cette immaturité et met à mal la profondeur de nos idées proclamées sur la démocratie. A vue de nez, grâce à ces contradictions, un Sarkozy peut se prendre pour Bonaparte et l’affirmer chaque jour un peu plus.

Aussi, plutôt que de m’angoisser face à l’année qui commence, je veux faire un retour sur Comanche en chantant les louanges d’une colombe exquise, sans qui nos deux perdreaux roucouleurs, loin de se faire applaudir, nous feraient regretter les armes et cycles de Saint Etienne, partagés que nous serions entre le coup de fusil et la fuite éperdue. Vous aurez deviné que la personne dont je fais l’éloge est Nathalie Miravette auquel aucun clavier n’a jamais résisté. Il y a entre elle et l’instrument une complicité, mieux une sensualité inexplicable. Pierre Margot, musicien à ce qu’il dit, n’a-t-il pas proclamé un jour, « sous ses doigts tous les pianos droits deviennent des pianos à queue. » Affirmation hardie s’il en est, que seule une grande pratique en musicologie peut expliquer. Pour ma part j’ai tendance à suivre son jugement, car je le sais féru de musique concrète, et si son répertoire n’y gagne rien, son goût pour l’expérimentation s’en est trouvé aiguisé.

Mais revenons à notre virtuose. Tout à commencé naguère, par la cueillette des olives en hautes Provence. Deux jeunes espagnols de sexe opposé s’y étaient rendus pour se reposer un peu de la tutelle prégnante certes, mais paternelle du bon général Franco. Les deux jeunes gens firent connaissance, d’abord en compatriotes, puis, la douceur provençale aidant, ils osèrent partager leur curiosité respectives. Elle apprécia la verdeur des olives, et lui, l’onctuosité de l’huile vierge. De ses observations aussi naturelles que réciproques, naquit Nathalie Miravette.

Dès la petite enfance, sa propension à mettre ses doigts dans les prises et dans les yeux et les narines de ses petits camarades de maternelle, incita ses parents à vouloir occuper des mains si agitées. Ils décidèrent donc de lui faire apprendre le piano. Mais en bon ibériques, ils exigèrent que ce fut selon la méthode Franco. Moins connu que l’école russe ou française, l’école de piano Franco repose pour l’essentiel sur la dextérité des doigts. Pour cela, en parallèle avec les marteaux qui frappent les cordes, de petits marteaux très lourds son placés au dessus des touches, et ces marteaux s’abattent durement sur les doigts qui ne se retirent pas assez vite. Certes cette méthode faisait beaucoup de dégâts, mais les enfants qui échouaient étaient orienté vers la natation car leur doigts spatulés augmentaient leur chance de réussite aquatique. Nathalie Miravette sut éviter les coups de marteau et sa virtuosité fit bientôt l’admiration de tous

Pourtant, en pleine crise d’adolescence, notre Nathalie voulut se présenter au concourt des miss France. Une mère maquerelle chapeautée comme une reine anglaise et plus maquillée qu’un jeu de poker, la recala au profit d’une grande bringue avec un grain de beauté sur la joue gauche. Ce rejet était d’autant plus injuste que chacun le sait Nathalie aussi a un grain.

Pour se consoler, Nathalie entreprit une série de concert dans toute l’Espagne. Ce fut un triomphe. Un jour qu’elle accompagnait un chanteur dans les arènes de Madrid, le public enthousiaste lui attribua même les oreilles et la queue, ce qui fit son bonheur et le désespoir du chanteur. N’ayant plus rien à prouver dans la péninsule, elle rentra à Paris, poursuivie par le chanteur qui exigeait qu’on lui rende ce qui lui appartenait. C’est ainsi que nous l’avons retrouvée, mais comme toute médaille a son revers, nous héritâmes aussi d’Amanda Lear, laquelle se perdit dans les bas-fond de la télévision, alors que Nathalie optait pour la chanson de qualité.

Aussi faisons une holà à notre Nathalie nationale qui est à la musique ce que la galéjade est au midi, une légende. Olé !

 

Georges de Cagliari